Inutile de jeûner lors d’un cancer


Chaque année, 4000 à 5000 personnes souffrant d’un cancer décident de jeûner. L’Institut National du Cancer, dans un récent rapport, les met en garde contre cette pratique inefficace, voire dangereuse.

 

L’engouement pour le jeûne « thérapeutique » remonte aux années 30, période à laquelle un médecin suisse avait affirmé qu’il pouvait favoriser la destruction des cellules cancéreuses. Affirmation jamais démontrée scientifiquement. « Le jeûne ne peut pas prévenir le développement d’un cancer : il existe une dizaine d’études réalisées sur des souris. La moitié d’entre elles a montré un effet bénéfique du jeûne, l’autre moitié un effet soit nul soit délétère, avec une aggravation du développement tumoral chez ces animaux. Chez l’homme, aucune étude n’a été réalisée »,  affirme le Dr Charlotte Ngô, chirurgien cancérologue, à l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris. Le jeûne peut-il empêcher la prolifération des cellules cancéreuses ? « Certaines études ont montré que des cellules cancéreuses, placées dans des éprouvettes et soumises à des conditions de jeûne, mourraient plus vite. Mais, si on prive de tout nutriment une cellule isolée dans un tube à essai, c’est un processus logique. Dans la vraie vie, chez l’homme, le fait de jeûner ne détruit pas les tumeurs et ne diminue pas la prolifération des cellules cancéreuses », poursuit le Dr Ngô.

 

Jeûner avant une chimiothérapie

 

Beaucoup de patients jeûnent quelques jours avant de subir une chimiothérapie, pensant diminuer ainsi la toxicité de ce traitement ou même en augmenter l’efficacité. « Faux, deux études ont été réalisées sur quelques dizaines de personnes : la première a mis en évidence que le jeûne pouvait réduire la fatigue liée à la chimiothérapie, la seconde a montré que le jeûne pouvait légèrement contrer la baisse des globules rouges et des plaquettes, mais le jeûne n’a pas fait la preuve de son efficacité sur les nausées, les vomissements, la perte des cheveux. Et aucune étude n’a prouvé non plus qu’il améliorait les performances d’une chimiothérapie. En revanche, l’amaigrissement et la perte musculaire induits par l’absence de nourriture peuvent nuire à l’efficacité du traitement anticancéreux », souligne le Dr Ngô. L’Institut National du Cancer recommande aux patients qui souhaitent absolument jeûner quelques jours avant ou après une chimiothérapie d’en discuter avec leur cancérologue : mieux vaut encadrer médicalement cette pratique et de ne prendre aucun risque pour sa santé.

 

Brigitte-Fanny COHEN