Somnambulisme : un trouble à ne pas prendre à la légère


Une étude, réalisée par des chercheurs du CHU de Montpellier, vient de tirer la sonnette d’alarme : être somnambule peut être dangereux. Un phénomène qu’il faut alors traiter, d’autant plus que 2% des adultes sont somnambules en France.

Des personnes qui se lèvent de leur lit, pendant leur sommeil, dans un état d’inconscience, se mettent à marcher et à faire toutes sortes de choses sans s’en rendre compte, et qui se rendorment sans garder de souvenir précis de ce qui s’est passé pendant la crise : c’est le somnambulisme. Un phénomène très étonnant car la partie postérieure du cerveau –celle qui intervient dans la vision et la locomotion- fonctionne comme chez un individu éveillé, alors que la partie antérieure du cerveau est encore dans le scénario du rêve : il s’agit donc d’un état hybride, entre l’éveil et le sommeil.

La violence du rêve

L’étude, réalisée à Montpellier, a porté sur cent patients, observés pendant la nuit. Elle montre que le somnambulisme n’est pas si anodin : 47% ont eu un comportement violent pendant leurs crises, contre eux-mêmes ou contre leur conjoint : certains se sont blessés, parfois grièvement, dont un notamment en chutant du toit de sa maison. « Dans la journée, les somnambules sont les personnes les plus calmes qui soient. Mais pendant la nuit, elles font des rêves dans lesquels elles se sentent menacées : le plafond s’écroule, un train va les écraser, des serpents s’approchent…. Il faut donc qu’elles s’échappent et sauvent leur conjoint d’une mort certaine, par exemple en le tirant brutalement hors du lit. Cette violence est liée au contenu du rêve qui est lui-même violent », explique le Pr Isabelle Arnulf, chef du service des pathologies du sommeil, à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Autre chose étrange : cette étude montre que les somnambules ne ressentent pas la douleur pendant la crise. D’ailleurs, celui qui a chuté et atterri sur sa pelouse s’est endormi jusqu’au matin, malgré une fracture à la jambe. « C’est parce que les zones du cerveau qui interprètent la douleur sont endormies pendant une crise. En revanche, les somnambules sont plus sensibles à la douleur pendant la journée: un phénomène propre à toutes les personnes qui dorment mal. Le sommeil, lorsqu’il est fractionné, est moins récupérateur et du coup on affronte moins bien les douleurs », poursuit le Pr Arnulf. La moitié des somnambules sont pacifiques pendant les crises et ils n’ont pas forcément besoin d’être traités. Mais ceux souffrent d’un somnambulisme sévère et violent ont tout intérêt à consulter. En général, des séances d’hypnose, parfois un traitement médicamenteux, arrivent à espacer les crises, voire à guérir cette maladie.
Brigitte-Fanny COHEN