Les chouchous plus à risque de dépression


Combien de frères et sœurs se sont disputés l’amour de leur mère ? Mais les délaissés pourront se consoler : les chouchous présentent davantage de symptômes de dépression arrivés à l’âge adulte. C’est ce que vient de conclure une étude scientifique.

 

La famille, c’est un peu comme Dallas : un univers impitoyable dans lequel les fratries sont souvent en proie aux jalousies, surtout quand la maman semble avoir un préféré. Cette étude originale, réalisée par des chercheurs américains, a été publiée dans le Journal of Gerontology Social Sciences. Les chercheurs ont mené une enquête auprès de 309 familles : ils ont interrogé les mères et leurs enfants devenus grands. Au total 725 adultes. Ils ont mesuré le favoritisme grâce à plusieurs critères : la proximité émotionnelle, la présence ou l’absence de conflit, la fierté ou la déception. Les résultats sont étonnants : ceux qui se sentent les plus proches de leur maman -ceux qui ont été les préférés- en paient le prix à l’âge adulte. « Celui qui a été le chouchou et qui a donc été davantage été protégé, va moins apprendre à dominer ses frustrations ou ses peurs pendant son enfance. Arrivé au moment de l’adolescence, il aura moins de ressources, moins de créativité pour gérer ses difficultés. D’où un risque accru de dépression», explique le Dr Frédéric Kochman, pédopsychiatre à Lille.

 

Des conséquences sur le long terme

 

Ce n’est pas la seule explication. Un enfant chouchouté par sa maman va se retrouver, une fois adulte, pris dans un conflit de loyauté. « Il peut être tiraillé -même inconsciemment- entre cette maman qui a vieilli, qui est plus fragile, et dont il se sent particulièrement responsable puisqu’elle l’a davantage protégé quand il était enfant, et sa nouvelle figure d’attachement : sa compagne ou son compagnon. C’est une forme d’écartèlement sur le plan psychique qui peut augmenter aussi le risque de dépression », souligne le Dr Kochman. Ces enfants préférés vont aussi subir la jalousie, voire l’agressivité de leurs frères et sœurs. « Ils vont se défendre en développant des moyens psychiques mais aussi biologiques, par exemple en fabriquant plus de cortisol ou d’adrénaline, qui sont des hormones du stress. Cette tendance peut se poursuivre à l’âge adulte, et ces jeunes gens vont rester plus sensibles face aux conflits de la vie sociale et professionnelle, d’où encore ce risque de dépression », poursuit le Dr Kochman. Les parents doivent donc être vigilants : il faut éviter le favoritisme et désamorcer les conflits entre frères et sœurs. Une entreprise pas toujours facile, qui nécessite parfois demander l’aide d’un médecin ou d’un psychologue.

 

Brigitte-Fanny COHEN