L’explosion des allergies respiratoires


Dans un livre qui vient de paraître*, des médecins s’inquiètent de l’explosion des allergies respiratoires causées par les pollens

 

La proportion de Français concernés par la rhinite allergique –ou rhume des foins- a doublé entre 1980 et 2000 : 30% des plus de 15 ans sont touchés, selon le dernier rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Les enfants ne sont pas épargnés non plus. Au total, ce sont plusieurs millions de personnes –petits et grands- qui, venu le printemps, éternuent, dorment mal, sont parfois sérieusement gênés sur le plan scolaire ou professionnel.

 

La politique des villes sur le banc des accusés

 

Les auteurs soulèvent ce paradoxe : les allergies aux pollens sont plus fréquentes dans les villes qu’à la campagne. Et pourtant, à la campagne, il y a beaucoup plus d’arbres et de plantes, donc beaucoup plus de pollens qu’en ville ! En cause tout d’abord : la pollution atmosphérique. « Les polluants rentrent dans les bronches et les muqueuses du nez, et les enflamment : ce qui facilite la pénétration des pollens. D’autre part, les particules fines émises par les moteurs diesel se fixent sur certains pollens –notamment ceux de bouleau- et favorisent l’explosion de leurs protéines allergisantes. Ces particules fines entraînent plus facilement ces protéines dans les petites bronches et favorisent l’apparition de l’asthme », explique le Dr Pierrick Hordé, allergologue et co-auteur du livre. Autre cause : le réchauffement climatique. Sous l’effet de températures plus élevées, certaines plantes comme l’ambroisie gagnent du terrain. « Cette herbe extrêmement allergisante, présente au départ dans la vallée du Rhône, progresse chaque année sur des centaines d’hectares supplémentaires, elle est en train d’envahir la France », s’inquiète le Dr Hordé. Reste la politique des villes, fortement mise en cause dans ce livre. « Il faut arrêter de planter dans les villes certains arbres allergisants, par exemple les bouleaux et les cyprès, et certaines plantes à risques comme les graminées. Les municipalités peuvent choisir d’autres arbres et d’autres plantes, très esthétiques et sans effet néfaste pour la santé », s’insurge le Dr Hordé. Il faudrait agir vite : l’Organisation Mondiale de la Santé prévoit que d’ici 2050 une personne sur deux sera allergique !

Brigitte-Fanny COHEN

*« Le livre noir des allergies », de Pierrick Hordé, Isabelle Bossé, Guy Hugnet, aux éditions L’Archipel.