Quand le travail pousse à boire


Attention aux heures sup ! Une étude publiée dans The British Medical Journal montre qu’un volume important de travail est associé à un risque accru de devenir alcoolique.

 

Cette étude a porté sur près de 335 000 employés dans 14 pays. Les chercheurs ont mis en rapport les temps de travail et la consommation d’alcool. Conclusion : au-delà de 48 heures hebdomadaires – seuil maximal fixé par l’Union européenne – un travailleur a 11% de risque en plus d’augmenter sa consommation d’alcool, par rapport à un autre employé qui travaille moins. Bien sûr, il est difficile, même impossible d’affirmer quelle est la durée de travail qui pousse à boire. Mais plus le temps de travail est important, plus l’employé est sous pression, plus le risque augmente. D’ailleurs les chiffres sont là : en France, plus d’un travailleur sur dix aurait une relation problématique avec l’alcool, selon l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (Anpaa). Entre 10 et 20 % des accidents de travail seraient dus à l’ivresse alcoolique, affirme l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).

 

Des risques multiples

 

Le temps de travail, quand il est exagéré, peut donc constituer un facteur de risque de consommation d’alcool. Mais dans les entreprises, d’autres événements augmentent également ce risque. « L’alcool est une sorte d’anesthésiant. Il masque les premiers signes de fatigue, et sert également de dopant pour dynamiser les performances. C’est le faux-ami par excellence car rapidement, quand la consommation est excessive, il va avoir l’effet inverse. Il faut faire attention aux déjeuners d’affaires, aux pots de départ ou d’arrivée, aux réunions de travail dans lesquels celui qui ne boit pas est stigmatisé», souligne le Pr Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Bichat à Paris. Les entreprises ferment parfois les yeux sur ce phénomène. Notamment parce que l’alcool permet parfois aux employés de créer des liens sociaux, de faciliter les échanges, et l’élaboration de projets. Mais certaines entreprises, par le biais de règlements internes, décident aussi d’interdire la consommation d’alcool au sein de leurs locaux.

 

Brigitte-Fanny COHEN