Alerte sur la santé des chômeurs


L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) vient de confirmer qu’en France le taux de suicide est en lien avec le taux de chômage. Dans un livre* qui vient de paraître, un psychiatre préconise une médecine préventive pour les chômeurs.

 

Les chiffres font froid dans le dos : près de 600 suicides en France pourraient être attribués à la hausse du chômage entre 2008 et 2010, qui est la période pendant laquelle l’étude de l’Inserm a été réalisée. Le suicide peut donc être la conséquence d’un chômage mal vécu. Mais, sans aller jusqu’à cette situation extrême, le chômage peut aussi avoir des conséquences non négligeables sur la santé. « L’annonce d’un licenciement peut provoquer un état de sidération psychologique. Un état de stress post-traumatique peut s’en suivre : irritabilité, anxiété, addictions au tabac, à l’alcool ou à des médicaments psychotropes –substances qui ont des effets calmants dans un premier temps- dépression, voire suicide… Le stress peut aussi faire le lit de l’hypertension, des problèmes cardio-vasculaires et de plusieurs maladies chroniques. Le chômage crée aussi un sentiment de dévalorisation, très destructeur, et il a souvent des répercussions sur toute la famille », indique le Dr Michel Debout.

 

Une médecine préventive

 

Ce phénomène est extrêmement préoccupant car il y a en France 5 millions de chômeurs. Bien sûr, tous ne sont pas déprimés, tous ne sont pas malades. Mais il y a un risque. « Il ne s’agit pas de stigmatiser encore plus les chômeurs, mais de dire qu’ils ont besoin d’une médecine préventive. Paradoxalement, ils sortent du champ de la médecine du travail au moment où ils sont le plus à risque! Il faudrait donc instituer une médecine préventive pour les chômeurs, avec une consultation: là un médecin devrait faire le point sur la santé physique et psychologique de la personne, poser la question d’éventuelles addictions, et proposer des conseils ou un traitement », précise le Dr Debout. Les acteurs sociaux, les syndicats et les pouvoirs publics devraient y réfléchir, afin de prévenir cet authentique problème de santé publique.

 

Brigitte-Fanny COHEN
*« Le traumatisme du chômage/Alerte sur la santé de 5 millions de personnes» du Dr Michel Debout aux Editions de l’Atelier