Consommation d’alcool : le rôle de la génétique


Lors du dernier colloque de l’IREB (Institut de recherches scientifiques sur les boissons), les médecins se sont penchés sur le rôle de la génétique dans la dépendance à l’alcool. L’alcoolisme serait-il inscrit dans nos gènes ?

 

En France, on compte 5 millions de buveurs excessifs, dont 2 au moins qui sont alcoolo-dépendants. L’alcoolisme est maladie complexe, aux causes multiples. Certains facteurs de risques sont bien connus : le fait d’avoir des parents alcooliques, d’être initié de façon précoce à l’alcool, de se laisser entraîner dans son milieu amical ou professionnel… Sans oublier la dépression, l’anxiété et d’autres maladies psychiatriques dans lesquelles l’alcool est consommé pour ses effets psychotropes. Une vulnérabilité génétique a aussi été mise en évidence : elle n’est pas suffisante à elle seule pour expliquer la dépendance à l’alcool mais elle n’est pas non plus négligeable.

 

Une maladie mais pas un destin

 

« Des études, réalisées sur des familles, ont montré que les enfants de parents souffrant d’un problème avec l’alcool avaient quatre fois plus de risques de devenir alcooliques que les autres. Autres éléments de preuve: des études réalisées sur de vrais jumeaux. Ces derniers -qui ont le même patrimoine génétique- se ressemblent plus vis-à-vis de l’alcoolo-dépendance que les faux jumeaux qui sont de simples frères et sœurs. Des études ont été réalisées également sur des enfants adoptés : quand ces derniers souffrent d’alcoolisme, on retrouve plus souvent un parent biologique alcoolique –qui a donné ses gènes et non son environnement- qu’un parent adoptif –qui a donné son environnement et pas ses gènes », explique le Pr Philip Gorwood, psychiatre addictologue, à l’hôpital Saint-Anne à Paris. Autant d’arguments forts pour affirmer que les facteurs génétiques sont bien impliqués dans l’alcoolo-dépendance. Attention, on ne peut pas dire pour autant que l’alcoolisme est une maladie génétique ou héréditaire. Ce n’est pas un destin ou une tare : un parent atteint par cette maladie ne la transmettra pas obligatoirement à ses enfants. Il s’agit plutôt de facteurs de prédisposition comme il en existe pour de nombreuses autres maladies. La connaissance de cette vulnérabilité doit inciter à la prudence et à la prévention.

 

Brigitte-Fanny Cohen