Cessons de mettre la pression sur les enfants !


Le pédopsychiatre Patrice Huerre s’élève contre la pression excessive que les parents et l’école exercent sur les enfants pour qu’ils soient ultra-performants.

 

Ce phénomène n’est pas nouveau. Mais il est vraisemblablement plus précoce et plus répandu qu’il y 20 ans. Avant, les parents mettaient la pression à leurs ados au lycée, en vue de la réussite au bac. Puis au collège : il fallait bien travailler pour intégrer un bon lycée. « Actuellement cette pression commence souvent dès l’école maternelle », s’inquiète le Dr Patrice Huerre, psychiatre spécialiste de l’enfant et l’adolescent. C’est à peine une caricature : on voit des parents inscrire leurs enfants dans des écoles maternelles où les bambins sont très stimulés, apprennent une langue étrangère dès trois ans, et savent pratiquement lire avant d’entrer en CP. Quand ils n’y arrivent pas, il n’est pas rare de les emmener chez l’orthophoniste ou la psychomotricienne.

La pression dans les loisirs

 

« Cette pression est de plus en plus forte et de plus en plus précoce car la situation économique s’est beaucoup dégradée. Les parents qui agissent ainsi ne sont pas des « mauvais » parents : ils agissent dans le souci de bien faire car ils sont très anxieux à propos de l’avenir. Et ils projettent cette anxiété sur leurs enfants. Et ce, dans tous les milieux sociaux », analyse le Dr Huerre. Cette pression s’exerce parfois dès le berceau car il n’est pas rare de demander au bébé de réussir ses jeux d’éveils de plus en plus tôt. Mais cette hyperstimulation présente parfois des conséquences néfastes. « Elle a parfois pour effet de faire douter l’enfant et de le démotiver en profondeur. Cela peut provoquer de l’anxiété par rapport aux études, de l’absentéisme scolaire, surtout à l’adolescence. L’adolescent, parce qu’il a été trop stimulé enfant, recherche des stimulations extérieures, de sensations toujours plus fortes, qu’il peut trouver dans des conduites à risques, l’alcool, la drogue, les scarifications… », analyse le pédopsychiatre. Il est important de laisser aussi les enfants rêver : ce n’est pas du temps perdu, cela leur permet de stimuler leur imagination et leur créativité. Des atouts pour mieux s’adapter aux changements rapides et aux défis professionnels auxquels ils seront confrontés à l’âge adulte.

 

Brigitte-Fanny COHEN