L’hypnose pour lutter contre la douleur des enfants


Lors du colloque «Hypnoses 2013 », organisé le mois dernier à Paris, les spécialistes ont été unanimes : oui, l’hypnose peut apporter une aide précieuse lors de soins douloureux chez l’enfant.

Une petite fille arrive aux urgences en pleurant. Elle doit subir une ponction lombaire. Ses parents portent sur leur visage une angoisse palpable. Mais l’anxiété générale va s’estomper au profit d’un calme surprenant. L’infirmière se met à parler à l’enfant d’une voix douce et régulière. « Comment s’appelle ta poupée ? Tu veux l’emmener à la plage ? » La fillette accepte ce voyage dans les terrains reculés de son imaginaire. Partie avec son jouet dans un grand voilier blanc sur des mers improbables, elle ne sent pas les mains qui enfoncent puis retirent l’aiguille. Et lorsque tout est fini, elle questionne le médecin : « tu me la fais quand la piqûre ? » La séance d’hypnose a permis la ponction, sans cris ni douleur. « Quand un enfant arrive aux urgences, il a peur et il a mal. Les émotions négatives peuvent accroître la douleur. L’hypno-analgésie – ou prise en charge de la douleur par l’hypnose- a pour but de faire disparaître ces émotions négatives. Cette technique permet d’aider l’enfant à trouver en lui ses propres ressources pour lutter contre ses angoisses et ses douleurs », explique le Dr Leila Lazaro neuropédiatre, chef des urgences pédiatriques au Centre Hospitalier de la Côte Basque à Bayonne. Rien à voir avec l’hypnose des foires ou des cabarets. L’hypnose médicale ne cherche pas à endormir le patient pour en faire une marionnette soumise. « On demande juste à l’enfant de laisser son corps aux urgences ou au bloc opératoire et de dissocier son esprit pour le faire partir ailleurs. Et c’est l’enfant qui va nous guider, nous parler de ses goûts pour nous aider à élaborer son voyage intérieur », précise le Dr Lazaro.

Opéré sous hypnose

Pendant cette traversée dans un monde imaginaire, le soignant peut effectuer toutes sortes de gestes douloureux, fréquents dans un service d’urgences: un point de suture, la pose d’un cathéter, une réduction de fracture… L’hypnose rentre aussi au bloc opératoire pour accompagner les enfants lors de chirurgies simples : phimosis chez le petit garçon, hernie inguinale, chirurgie esthétique des oreilles décollées… Sans oublier les actes dermatologiques : retirer une verrue, un grain de beauté, un angiome…. Dans bon nombre de cas, l’hypnose permet d’éviter une anesthésie générale : on peut envisager une anesthésie locale ou locorégionale dans de bonnes conditions de confort. La plupart du temps, après l’opération, l’enfant a moins besoin de médicaments antidouleurs. Et l’ambiance au bloc opératoire est moins stressante. C’est donc un double bénéfice : et pour l’enfant et pour l’équipe chirurgicale !

Brigitte-Fanny COHEN