Dépister les troubles visuels de l’enfant


De toutes parts, des voix s’élèvent pour alerter les parents : il faut déceler au plus tôt les troubles visuels des tout-petits pour éviter la survenue d’une amblyopie.
Les statistiques sont impressionnantes: en France, un enfant sur cinq présente des troubles de la vision, avec des caractères de gravité variable, allant de la myopie légère à la perte totale de la vue. L’alerte a été lancée en Mai dernier par la Société Française d’Ophtalmologie et l’Association Nationale pour l’Amélioration de la Vue. L’Académie Nationale de Médecine surenchérissait avec un rapport faisant du dépistage précoce des troubles visuels chez l’enfant une priorité. « Un bébé peut mal voir en raison d’une lésion organique de l’œil – par exemple une cataracte congénitale- ou d’un strabisme ou encore d’une anomalie de la réfraction : myopie, hypermétropie, astigmatisme », explique le Pr Jean-Louis Arné, chef de service d’ophtalmologie au CHU de Toulouse.

Le challenge : faire travailler l’œil paresseux

Quand un seul œil voit mal, on parle d’amblyopie. « On estime que 3 à 5% des enfants sont amblyopes dans les pays industrialisés : ils sont malvoyants d’un œil et ce pour toute a vie si on ne les traite pas rapidement », assure le Dr Marie-Andrée Espinasse-Berrod, ophtalmologiste à l’hôpital Necker-Enfants Malades à Paris. Objectif primordial: ne pas laisser s’installer cette amblyopie, cette paresse d’un œil qui ne transmet plus les indispensables informations visuelles au cerveau. «Il faut des lunettes adaptées et une rééducation: durant quelques heures, jours ou mois, en fonction de l’âge de l’enfant, on met un cache devant l’œil performant afin de faire travailler l’œil amblyope. Ainsi on peut renverser la situation et ramener le cerveau à récupérer toutes les images », explique le Dr Espinasse-Berrod. Faire la guerre à l’amblyopie, c’est dépister en priorité le strabisme, qui en est l’un des grands pourvoyeurs. Et le corriger par des lunettes adaptées ou une intervention chirurgicale. « S’il s’agit d’une cataracte, il est nécessaire d’opérer afin de dégager l’axe visuel : la lumière doit atteindre la rétine afin qu’elle soit stimulée, ou sinon elle ne développe pas sa fonction normale », souligne le Pr Arné. Mais le temps presse. Plus on dépiste tôt l’amblyopie, plus la rééducation est efficace et rapide. Avant 4 ans, la récupération est presque totale : 95% des cas. Car les connexions entre l’œil et le cerveau sont remarquablement modifiables durant cette période, avec un pic d’efficacité autour de dix-huit mois. Après 6 ans, la récupération est beaucoup plus faible : 20% des cas. Après 8 à 10 ans, elle est nulle car le cerveau visuel est définitivement mature vers 7 ou 8 ans.

Brigitte-Fanny COHEN