Alerte sur les perturbateurs endocriniens


De toutes parts, des voix s’élèvent pour dénoncer l’impact des perturbateurs endocriniens, en particulier sur les fœtus et les jeunes enfants. Comment échapper  à ces produits?

Les perturbateurs endocriniens rentrent dans la composition de plastiques alimentaires, d’insecticides, de cosmétiques, de produits d’hygiène corporelle, d’appareils électroniques, d’emballages, et de centaines de milliers d’autres produits de consommation courante. On en a même retrouvé dans certains aliments ! On le sait aujourd’hui, ils favorisent une multitude de pathologies, principalement en interférant avec le système hormonal. Ce n’est pas la dose qui fait le poison mais le moment de l’exposition. Il faut donc limiter les risques, surtout pendant la grossesse et la petite enfance qui sont les périodes de grande vulnérabilité. Notamment l’embryogenèse, donc les huit premières semaines pendant lesquelles ces molécules chimiques peuvent perturber le développement du fœtus.

Du bio et du bon sens

Il existe plusieurs axes de prévention mais deux sont majeurs: l’alimentation et les cosmétiques. « Etant donné que beaucoup de pesticides sont des perturbateurs endocriniens, il vaut mieux manger bio pendant la grossesse. Pas forcément tout bio. Si on choisit le bio pour les pommes, les poires, les pêches, les légumes, les produits laitiers et les œufs, il est probable qu’on diminue de 80% l’exposition aux pesticides. Pour les enfants en bas âge, il faut faire de même mais se rassurer quant aux petits pots qui sont hypercontrôlés. Attention tout de même aux aliments industriels qui contiennent beaucoup d’additifs dont certains sont des perturbateurs endocriniens », explique le Dr Chevallier*, nutritionniste, attaché au CHU de Montpellier, chef de l’unité de médecine environnementale de la clinique du Parc à Castelnau-le-Lez. Pendant ces deux périodes cruciales, il est préférable d’éviter boîtes de conserves et canettes dont le revêtement intérieur peut contenir du bisphénol A. Priorité aux légumes frais ou surgelés. « Il faut éviter les emballages plastiques contenant le chiffre 7 dans un triangle : ils peuvent contenir du bisphénol A. Attention aussi aux ustensiles de cuisine en plastique, aux moules en silicone, aux poêles ou casseroles au revêtement anti-adhésif pouvant aussi contenir du bisphénol A ou d’autres perturbateurs endocriniens (phtalates, composés perfluorés…) susceptibles de migrer dans la nourriture, sous l’effet de la chaleur», précise le Dr Chevallier. Pendant la grossesse, mieux vaut renoncer aux colorations de cheveux conventionnelles: en 2009, une étude a montré que les coiffeuses manipulant régulièrement les teintures avaient plus d’enfants atteints de malformations. Les produits cosmétiques bio sont à privilégier. « Pour les bébés : pas de lingettes nettoyantes, pas de produits cosmétiques non adaptés ou de parfums. Un nourrisson se lave à l’eau pure », souligne le Dr Chevallier, « la liste des risques à écarter est longue mais c’est notre devoir de protéger les enfants et d’adopter une véritable hygiène chimique ».

Brigitte-Fanny Cohen

* auteur de l’ouvrage récemment paru « Le livre antitoxique », éditions Fayard.