LE PERE NOEL EST-IL SEXISTE ?


A l’heure où le gouvernement français aspire à rétablir davantage d’égalité entre filles et garçons, notamment à l’école, les catalogues de jouets de Noël restent assez bien compartimentés. D’un côté : poupées, mini-aspirateurs et maquillage pour les filles. De l’autre : camions, garages et déguisement de Spiderman pour les garçons. La réalité est-elle si simple ?

Des petites filles qui réclament une voiture télécommandée pour Noël ? Des petits garçons qui jouent volontiers avec la machine à laver miniature de leur sœur ? Pas si rare. Et pourtant, les catalogues de Noël sont encore stéréotypés. Parents, comme enfants, sont influencés par ces classements élaborés par les fabricants et les distributeurs de jouets. La bataille pour l’égalité n’est pas encore gagnée. Faut-il laisser jouer les enfants avec des jouets de « l’autre sexe » ? Lorsque c’est le cas, les mères décrivent leurs propres filles comme « des battantes » et leurs fils comme « des tendres ». Mais les pères restent plus « classiques » et aiment toujours que leurs filles soient « d’adorables petites princesses » et leurs fils des « bricoleurs turbulents ». C’est ce qu’a montré, il y a quelques années encore, une enquête réalisée par une marque bien connue de jouets.

Peur de l’homosexualité
Si évolution il y a, elle ne joue pour l’instant que dans un sens : le fait que les filles soient des battantes, voire des garçons manqués, flatte les deux parents. Elles ont donc accès aux jouets traditionnellement masculins. Mais, aux yeux des adultes, les garçons n’ont pas droit à la féminité : ils n’ont accès aux jouets de filles que s’ils ont une sœur qui leur sert d’alibi. Derrière tout cela : la peur de l’homosexualité. « Il est frappant de voir dans le discours parental combien le spectre de l’homosexualité persiste. Le mythe concernant le fait que la déviation sexuelle de leur enfant serait due à leur éducation perdure. Ils restent persuadés que s’ils ne transmettent pas une certaine virilité ou féminité à leur enfant, celui-ci est à haut risque de devenir homosexuel. Les jouets et les activités sportives ont alors, pour eux, le pouvoir d’agir sur le devenir sexuel de leur progéniture. Or la tendance, pour une petite fille, de jouer avec les jeux de garçons, et celle pour les garçons de jouer avec les jeux des filles, n’est pas annonciatrice d’une homosexualité future», explique le Dr Gisèle Georges, pédopsychiatre. Voilà de quoi rassurer les parents le 25 Décembre, au cas où le Père Noël serait moins sexiste cette année.

Brigitte-Fanny COHEN