PLEURS DES NOURRISSONS : LA PISTE DU STRESS


Les pleurs prolongés du nourrisson perturbent la vie familiale et suscitent bien des consultations médicales. Une récente étude scientifique incrimine le stress. Des résultats à prendre avec précaution.

 

Comment comprendre les pleurs excessifs du nourrisson ? Expriment-ils une souffrance physique ? Un besoin d’amour ? Ou même une prise de pouvoir sur la mère et le père ? Les parents sont souvent désemparés, surtout quand le médecin ne décèle aucune cause organique, aucune maladie ou allergie. « Les pleurs constituent un langage difficile à déchiffrer. Il s’agit d’un moyen d’expression  et de communication, le seul dont le nourrisson dispose», souligne le Dr Pierre Foucaud, pédiatre au Centre Hospitalier de Versailles, Président de la Société Française de Pédiatrie Générale. Faut-il consoler immédiatement le bébé ou le laisser pleurer ? Sur ce point, les attitudes s’opposent.

 

Une étude réalisée en Nouvelle Zélande et publiée cet été dans la revue Early Human Development vient de raviver le débat. Les chercheurs ont suivi pendant cinq jours des nourrissons de 4 à 10 mois. Objectif : leur apprendre à s’endormir sans aide. Dans une pièce voisine, leurs mères pouvaient entendre leurs pleurs mais n’avaient pas le droit d’intervenir. Chaque jour, les chercheurs ont mesuré dans la salive des bébés et de leurs mamans le taux de cortisol, l’hormone du stress. Le premier jour, les nourrissons ont pleuré 20 minutes en moyenne. Une augmentation du taux de cortisol –marqueur du stress- a été constatée chez les enfants et les mamans. A partir du troisième jour, les bébés ont arrêté de pleurer, mais leur taux de cortisol était toujours élevé. Les mères, a priori rassurées par l’arrêt des cris, ont vu leur taux de cortisol s’effondrer. Du coup, beaucoup en ont déduit que ces bébés restaient stressés mais renonçaient à le manifester. Ils n’auraient pas appris à gérer leur angoisse de séparation, ce qui donnerait tort aux partisans du « laisser pleurer ». « Cette interprétation est trop simpliste. Des études suédoises ont montré que le cortisol salivaire augmente chez 35% des prématurés au moment où on leur change la couche ! Réduire l’augmentation du cortisol salivaire au seul stress paraît illusoire. Cette hormone a de multiples fonctions », indique le Dr Foucaud. « Faire d’un marqueur biologique un indicateur éducatif frise l’imposture scientifique ».

 

Il faudra donc que cette recherche soit validée par d’autres travaux scientifiques pour que parents et médecins en tirent de véritables conclusions. Reste qu’il est important de consoler rapidement un bébé de moins de 4 mois. A cet âge, les pleurs traduisent le plus souvent un besoin non satisfait : faim, inconfort, sommeil, besoin de peau à peau, besoin de présence etc… Il ne faut pas oublier que le bébé a eu une relation fusionnelle avec sa mère in utero : il ne peut pas acquérir son autonomie en quelques semaines.

 

Brigitte-Fanny COHEN